Pourquoi les marchés sont-ils devenus volatils ?

Yves Kazadi, analyste de Beobank

Yves Kazadi, analyste de Beobank

Où vont les marchés? Les investisseurs ont-ils perdu le nord? Yves-Michael Kazadi, Investment Analyst chez Beobank, explique pourquoi la planète boursière est devenue volatile. «Cette instabilité est due à trois causes: la prise de conscience de l’impact des banques centrales sur l’économie réelle, les risques politiques et les revenus décevants des entreprises.»

 

Comment décririez-vous le rôle que jouent aujourd'hui les banques centrales?

Yves-Michael Kazadi: «Elles ont perdu l'influence qui était la leur au cours des années 2008 à 2011. Début 2015, les marchés attendaient une hausse des taux beaucoup plus importante que celle qui a eu lieu en décembre aux États-Unis. En postposant son intervention, Janet Yellen, la présidente de la FED, a clairement ouvert la porte à des interrogations sur  la robustesse de l’économie. Par ailleurs sa décision de hausser les taux  est venue tardivement. Il y avait déjà longtemps que l’assouplissement monétaire (quantitative easing) n’avait plus d’impact sur la croissance américaine (produit intérieur brut). Enfin, sa marge de manœuvre reste limitée. En augmentant encore les taux alors que le niveau de chômage est passé sous la barre des 5% pour la première fois depuis huit ans, elle court le risque d'alimenter une surchauffe de l’économie américaine. Par ailleurs, une hausse des salaires serait la bienvenue pour dynamiser la consommation, mais elle ferait peser une pression trop importante sur les résultats des entreprises.»

«En Europe, Mario Draghi, le président de la BCE, perd lui aussi son emprise. Si l’assouplissement monétaire a duré trop longtemps aux États-Unis, il est arrivé en retard en Europe. Aujourd’hui, la BCE n’a presque plus aucun effet sur le marché des actions. Les marchés anticipent les propos de Mario Draghi mais de plus en plus, ils sont attentistes et veulent voir plus que de simples promesses.

Ses seules conséquences positives concernent les obligations. Mais si la Banque centrale européenne n’a plus d’impact, comment sortir de la crise ? Ce doute alimente la volatilité.»

«De son côté, la banque centrale chinoise n’a pas non plus toute la liberté d'agir comme elle le souhaiterait. Elle voudrait continuer à dévaluer sa monnaie mais si elle s'y prend trop agressivement, cette décision aura un contrecoup négatif sur ses partenaires, l’Europe et les États-Unis. Elle est donc contrainte de le faire à un rythme plus lent.»

 

Une année d'élections

Qu’en est-il des risques politiques?

Yves-Michael Kazadi: «L'instabilité au Moyen-Orient a un impact très net sur la Bourse. De plus, l’année 2016 s’annonce comme une année électorale mouvementée. Les régionales en Allemagne réservent un sort incertain à Angela Merkel, fort contestée dans son pays à cause de sa gestion de la crise des réfugiés. Le Brexit n'apaise pas les esprits, l'Europe sans les Anglo-Saxons ne serait plus la même. C'est évidemment une grande cause d'incertitude. Quant aux Basques, ils pourraient décider de se prononcer, comme les Catalans, en faveur d’un statut séparé. Il ne faut pas non plus oublier les élections aux États-Unis. Ces scrutins se succéderont toute l'année, de quoi alimenter le stress.»

 

En quoi les entreprises alimentent-elles la volatilité?

Yves-Michael Kazadi: «Leurs revenus suscitent beaucoup de questions de la part des investisseurs. Les marges bénéficiaires sont sous tension. De plus, les États-Unis sont en fin de cycle. Nous avons connu une hausse ininterrompue pendant sept ans, avec des valorisations parfois extrêmement importantes. Cela ne pouvait pas durer. Reste la baisse du cours du baril, une bonne nouvelle en apparence. Mais elle a un lourd impact sur les compagnies pétrolières, ainsi que sur d’autres secteurs annexes.»

«Autre cause de malaise: les entreprises européennes et américaines émettent beaucoup d'obligations pour rémunérer leurs actionnaires en finançant les dividendes et les opérations de fusions et acquisitions. Pour les investisseurs, ce n'est pas un très bon signe. Ce recours à l'emprunt indique qu'elles ne dégagent pas assez de bénéfices par elles-mêmes.»

 

La situation est-elle si négative?

Yves-Michael Kazadi: «Non, on est dans un monde en transition, avec des changements structurels importants. À l’heure actuelle, les marchés cherchent une solution à la question fondamentale : « Que faire après l'assouplissement monétaire ? »

Une piste de réflexion serait de réduire l'offre des entreprises. Ce qui n'est pas exactement synonyme de croissance! Tout ceci rend les marchés pessimistes. Mais en réalité, en Europe, l’économie est en bonne voie pour rebondir (chômage en baisse, hausse du crédit aux entreprises et aux particuliers, la BCE recherche des solutions). Aux États-Unis, les technologies sont un vrai moteur de l’économie. Et en Chine, le gouvernement prévoit une croissance  autour des 6%, ce qui reste énorme. Il entend stimuler les PME et réussir sa conversion vers les services, ce qui est très positif. En fait, ce qui me frappe, c’est que nous sommes dans une situation caractérisée par la neutralité.»

 

Quelle stratégie d'investissement suivez-vous?

Yves-Michael Kazadi: «Dans des conditions de marché où la volatilité augmente, nous favorisons des stratégies multi-asset pour contrôler la volatilité, en visant toutes les classes d'actifs, largement. Nous privilégions aussi les fonds qui sont surperformants en cas de hausse et qui sont moins sensibles aux chutes du marché. Ils seront les premiers à rebondir si une hausse se produit. Nous visons aussi les obligations flexibles, celles qui peuvent profiter de la hausse des taux américains, de l’assouplissement monétaire européen et les classes d'actifs qui ont été punies sévèrement ces dernières semaines.»

 

Ne peut-on plus faire de profit dans ce marché volatil?

Yves-Michael Kazadi: «Si, nous venons de connaître l'exemple des fonds indonésiens, de dette gouvernementale ou multi-asset qui ont enregistré une hausse supérieure à 5% depuis janvier. Il y a toujours des possibilités, à condition de se montrer judicieux dans ses choix.»
N’hésitez pas à contacter votre conseiller Beobank si vous voulez examiner votre portefeuille d’investissements.

 

Nous vous rappelons que les produits d’investissement sont exposés à des risques, en ce compris la perte possible du capital investi. Les produits d’investissement ne sont pas des dépôts bancaires et ne sont pas garantis par Beobank NV|SA.