Marchés financiers & COVID-19 : aperçu de la situation

Par Yves Kazadi, Senior Analyst - 03/08/2020

Actu Marchés

COVID-19 : Les élections US arrivent à grands pas… EUR/$ back to 1.4 ?

Suite à l’annonce du plan de relance européen, beaucoup de politiques et de journalistes ont salué le retour en grâce de la devise européenne. Bien que cette hausse s’apparente à un retour de confiance, l’Europe reste majoritairement une économie exportatrice. Une hausse trop rapide de sa devise dans cet environnement économique pourrait entrainer dans certains secteurs ce que l’on appelle économiquement : « le syndrome hollandais » (surévaluation du taux de change qui devient nuisible à la compétitivité prix de certains secteurs). D’autres acteurs de marché se demandent si cette baisse du dollar n’est tout simplement pas qu’un avant-gout de la victoire de Joe Biden lors des élections US.

Pour élucider la question, nous allons analyser certaines mesures préconisées dans son programme. À titre d’exemple, l’une des premières mesures concernant la taxation d’entreprise à 28 % contre les 21 %1 actuels pourrait être une mesure désavantageuse pour la relance économique. Nous allons donc :

  • Analyser les axes stratégiques de son élection ;
  • Visualiser comment les marchés analysent la situation ;
  • Proposer des axes d’investissement à préconiser.

Quels sont les axes stratégiques visés par Biden ?

Afin de pouvoir rallier les foules, Joe Biden a exprimé ses vues quant à une hausse du salaire moyen aux USA. D’après des études fournies par le CBO (Congressional Budget Office), près de 58 % des Américains touchent un salaire barémique par heure. Près de 392 000 Américains touchent le minimum fédéral qui s’élève à 7,25 $. En outre, on apprendra que plus d’1 million de travailleurs (job étudiants et travailleurs présentant un handicap) touchent moins que le minimum fédéral. D’après le CBO2, une hausse du salaire minimum à 15 $ pour 2025 permettrait une augmentation salariale pour près de 17 millions de travailleurs. De plus, si l’on augmentait de 1 $ le salaire minimum, on augmenterait les rentrées salariales trimestrielles de 250 $ et les dépenses des ménages de 750 $ par trimestre. Certes, cela paraît attractif pour relancer la demande des ménages, cependant certaines entreprises ne pourraient pas survivre à une hausse des salaires, à une baisse des marges bénéficiaires et à une réduction de l’intensité du travail.

Deuxièmement, les dépenses liées à l’infrastructure pourraient être une priorité afin d’augmenter l’employabilité des ouvriers post COVID-19. Au sein des différents projets, l’accent sur les énergies alternatives et la mise à niveau des transports publics (autoroutes) ainsi que des systèmes de communication (5G) devraient être bénéfiques pour certaines entreprises domestiques dans le domaine de la construction civile.

Troisièmement, les tensions entre les USA et la Chine pourraient s’apaiser. Il serait faux de nier l’impact négatif de la guerre des taxations à l’importation des biens US en Chine sur le revenu de certaines entreprises du S&P (perte de 5 à 8 % pour 2019). Dans le scénario actuel (où la Chine veut continuer sa dominance et son indépendance technologique), on pourrait voir Biden habilement basculer vers une coalition de pays contre la dominance chinoise au lieu de conserver cette approche frontale que privilégie Donald Trump. 

Comment les marchés analysent-ils la situation ?

Avant de rentrer dans des considérations strictes de marchés financiers, on est amené à expliquer les potentielles raisons d’une baisse du dollar :

  • La politique monétaire poursuivie par la FED (Federal Reserve) durant la crise du COVID-19 a été la plus expansionniste au sein de l’OCDE. La quantité de monnaie injectée dans l’économie afin de relancer la demande de crédit a été sans précédent. La base monétaire US (monnaie créée directement par la Banque Centrale) est passée en début de COVID-19 de 3500 milliards de dollars à près de 5109 milliards versus 3261 milliards d’euros à près de 3765 milliards d’euros3.
  • Si les élections continuent de favoriser voire aboutissent aux votes de Joe Biden, l’éventualité d’une hausse de la taxation sur les gains, les bénéfices d’entreprises ainsi que sur la richesse sans oublier la montée du salaire minimum à 15 $, devraient refroidir un très grand nombre d’investisseurs étrangers sur le marché d’actions US. Les mesures prises par Donald Trump ont largement soutenu les marchés et dans un monde en plein ralentissement économique, l’idée de mettre plus de charges sur le dos des entreprises serait en effet néfaste pour les marchés et les pensions des résidents US (les investisseurs recherchent toujours une allocation optimale de leurs biens et la pension des Américains est majoritairement investie en bourse).
  • Lorsque les flux de capitaux quittent les marchés dits à risque, tels que les marchés émergents, ils trouvent refuge dans les marchés dits développés ou « Safe ». La norme des marchés pousse les investisseurs à se retourner majoritairement sur le dollar US. Cependant, depuis le mois d’avril 2020, on peut constater que ce mécanisme ne s’est pas passé… De plus, historiquement, le dollar est la monnaie de référence en période de risque (valeur refuge) mais on peut constater que depuis le début du COVID-19 (mars 2020), cette norme de marché n’a pas été respectée4.

Ce qui reste indéniable, c’est que les marchés financiers n’intègrent pas entièrement dans leurs cours la victoire de Joe Biden.

Afin de pouvoir le démonter, nous allons nous focaliser sur des indicateurs de marché. Si Joe Biden devait être amené à être élu :

  • Les marchés financiers seraient amenés à baisser sur base des menaces de taxation à différents échelons (richesse personnelle, revenus d’entreprise et taxe sur les salaires). De plus, une hausse des salaires entrainerait automatiquement une baisse des revenus des entreprises dans un grand nombre de secteurs qui sont déjà mis à mal (voire proche de la faillite comme le secteur énergétique, le tourisme et l’aviation) par le ralentissement de l’économie, et l’impact sociétal du COVID-19.
  • Dans cet environnement, les marchés US attireraient moins de flux financiers et verraient naturellement une forte baisse des flux financiers et une dépréciation du dollar. Oui, la dépréciation du dollar a, certes, commencé mais elle est plus portée par le fait que la FED a émis une quantité énorme de monnaie. Cette augmentation de liquidité dans le circuit financier doit être digérée par les agents économiques (les ménages et les entreprises) afin que la confiance des investisseurs reste intacte vis-à-vis du plan de relance US. 
  • Il y aurait une hausse des attentes d’inflation suite à une hausse des salaires moyens. En effet, une hausse des salaires entrainerait une hausse du potentiel de consommation et donc un déséquilibre entre l’offre actuelle de biens et une hausse « abrupte » de la demande des ménages. L’absence de bien (voire la rareté de celui-ci) pousserait les prix à la hausse et indirectement ferait augmenter les chiffres d’inflation. 

Quelles pourraient être les pistes d’investissement ?

Avant de se précipiter vers des pistes d’investissement, il est bon de préciser que dans l’environnement vers lequel on tend (perspective d’un possible second confinement) pour endiguer le COVID-19, les conséquences économiques devraient être encore plus graves que lors du 1er confinement.

Pour rappel, avant le 1er confinement, un grand nombre d’entreprises avait un bilan comptable sain. Leur niveau d’endettement était acceptable et les profits étaient dans leur ensemble générés par les entreprises. Le COVID -19 a complètement chamboulé cette dynamique et aujourd’hui, à l’aube d’un possible 2d confinement, les entreprises présentent déjà de très faibles profits et une hausse de l’endettement abyssale (beaucoup de petites et moyennes entreprises ont pu repousser leurs payements de loyer en septembre et étaler leurs dettes). À titre d’exemple, les bénéfices par action pour l’année 2020 ont drastiquement chuté de près de 20 % et les taux de faillite avoisinent les 3 % en Europe et les 6 % aux USA, sans oublier les chiffres du chômage qui ont grimpé dans une multitude de pays. 

L’un des plus gros risques pour les gouvernements serait de voir leur banque centrale continuer d’injecter massivement de la liquidité sur les marchés. Cette surabondance de liquidités fragiliserait encore plus la confiance des investisseurs dans les devises qui sont fortement exposées à ces émissions massives. À terme, il ne s’agirait plus de douter uniquement du dollar, mais bien aussi de l’euro ou d’autres monnaies qui, par l’injection des banques centrales, s’apparenteraient de plus en plus aux yeux des investisseurs à des billets de Monopoly. 

Enfin, si nous devions trouver des opportunités de marchés, nous commencerions aux USA par réduire l’exposition style d’investissement dit Value (actions présentant une valorisation faible mais dépendante des taux d’intérêt : banques), croissance dite « BIG Technology » (entreprises qui réinvestissent leurs gains afin d’innover) telles que les GAFA.  De plus, nous favoriserions les actions dites défensives (entreprises moins sujettes à la volatilité des marchés). Sur les marchés européens, le regard vers les entreprises dites domestiques (qui génèrent la majorité de leur chiffre d’affaires en Europe) qui n’ont pas besoin d’exporter massivement serait une première piste de réflexion, tout en considérant aussi les actions dites défensives en Europe. L’exposition aux Royaume-Uni via ces entreprises qui produisent des matières premières (or) et qui exportent dans un environnement où l’euro s’apprécie pourrait aussi être bénéfique durant cette rotation sectorielle préélectorale. Enfin, dans le cadre hypothétique d’une victoire de Joe Biden, l’exposition à des thèmes tels que l’infrastructure, les énergies alternatives, la santé et les entreprises qui génèrent du revenu en Chine et/ou qui importent des biens chinois aux États-Unis devraient être préconisée. 

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