Marchés financiers : aperçu de la situation
Par Yves Kazadi, Senior Analyst - 09/09/2026
Les marchés changent de régime
Alors que la croissance mondiale reste positive et que les taux se tendent, les marchés financiers entrent dans une nouvelle phase. Après plusieurs mois dominés par les grandes valeurs technologiques américaines, la progression pourrait désormais s’élargir à d’autres secteurs et régions. Dans ce nouvel environnement, la résilience, les investissements productifs et la diversification retrouvent une place centrale.
Le scénario central reste relativement favorable aux marchés boursiers. La croissance mondiale demeure positive, tandis que la désinflation1, même si elle reste irrégulière, ne justifie pas à ce stade un resserrement monétaire2. Cette lecture de marché nous permet de ventiller nos positions sectorielles hors concentration d’actifs sur les MAG 73.
Résilience et souveraineté
La hausse des Bourses devrait ainsi se poursuivre, mais probablement prendre une forme différente. Après un rallye largement concentré sur les géants technologiques (américains), les investisseurs pourraient davantage rechercher des relais de performance dans les secteurs et les régions qui ont été moins favorisés jusqu’ici.
Cette évolution s’inscrit dans une transformation plus structurelle de l’économie mondiale. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont rappelé l’importance de la résilience, de la souveraineté et de la sécurisation des capacités de production. Cette tendance se traduit notamment par des investissements dans la défense, les réseaux énergétiques, les infrastructures numériques et la relocalisation industrielle.
L’Europe reprend des couleurs
Cette nouvelle dynamique profite notamment aux marchés européens. Après avoir longtemps souffert d’un déficit d’investissement par rapport aux États-Unis, l’Europe bénéficie désormais de plusieurs facteurs de soutien : des valorisations plus attractives, des revenus supérieurs aux prévisions et l’importante impulsion budgétaire allemande.
Le recul des prix du pétrole constitue également un élément favorable pour les économies européennes, particulièrement sensibles aux coûts de l’énergie. Dans un marché à la recherche de diversification, ces éléments pourraient contribuer à attirer progressivement de nouveaux flux vers la zone euro, encore relativement sous-investie par rapport aux États-Unis.
Petites et moyennes capitalisations émergentes
Les marchés émergents restent eux aussi intéressants, notamment en raison de valorisations encore faibles et de perspectives économiques favorables. Pékin continue notamment de soutenir son économie, tandis que d’autres pays bénéficient de leur exposition aux matières premières et à l’électronique.
Ce qui n’a pas échappé aux investisseurs qui se sont toutefois surtout positionnés sur les grands indices ces derniers trimestres. Ce qui laisse des opportunités parmi les petites et moyennes capitalisations émergentes, encore largement sous-investies.
L’IA ne se limite pas aux géants technologiques
La thématique de l’intelligence artificielle reste également porteuse, mais son périmètre s’élargit. Les semi-conducteurs et les équipements demeurent ainsi privilégiés, indépendamment de la seule demande liée à l’IA. L’électronisation croissante de l’économie accroît en effet les besoins en composants dans de nombreux domaines, bien au-delà des seuls centres de données.
Cette tendance bénéficie également aux biens d’équipement, qui devraient jouer un rôle important dans les investissements liés aux réseaux, à l’électrification et aux infrastructures européennes.
Privilégier le rendement en obligations
Sur les marchés obligataires, l’environnement est plus nuancé. Aux États-Unis, les taux à long terme pourraient rester sous tension. Il paraît dès lors prématuré de faire un pari directionnel massif sur les taux.
En Europe et au Royaume-Uni, la sélection se portera davantage sur le rendement et le portage, c’est-à-dire les intérêts récurrents. Le segment des obligations d’entreprises offre ainsi des opportunités, en l’absence de signal indiquant une récession4 profonde.
Par ailleurs, le financement massif des infrastructures liées à l’intelligence artificielle constitue toutefois une évolution importante du marché obligataire. La composition des indices obligataires se transforme progressivement, avec une place croissante occupée par des émetteurs liés aux grandes infrastructures technologiques.
Dans ce contexte, les obligations convertibles5 peuvent constituer un moyen intéressant de combiner rendement obligataire et exposition au potentiel de croissance de certaines entreprises technologiques, tout en conservant davantage de flexibilité dans un environnement de taux encore incertain.
Sources de performances
D’un point de vue global, face à la concentration des marchés, il convient donc de mieux répartir les sources de performance. L’impact de chaque position sur le portefeuille doit évidemment être soigneusement analysé afin d’éviter les fausses diversifications, qui peuvent exposer à des risques similaires. À ce titre, l’or a bien sa place dans les portefeuilles, grâce à son rôle de diversification par rapport aux risques géopolitiques, au dollar et aux éventuelles erreurs de politique économique.
1. La désinflation signifie que l'inflation diminue : les prix continuent d'augmenter, mais à un rythme moins rapide qu'auparavant.
2. Le resserrement monétaire est la politique par laquelle une banque centrale tente de freiner l'économie et l'inflation en durcissant les conditions de financement, par exemple en augmentant les taux d'intérêt.
3. Le terme « MAG 7 » (ou « Magnificent Seven ») désigne les sept grandes entreprises technologiques américaines qui exercent une influence considérable sur le marché boursier américain : Apple, Microsoft, Alphabet (Google), Amazon, Nvidia, Meta (Facebook/Instagram), Tesla.
4. Une récession est une période marquée par un net ralentissement de l'activité économique. Les entreprises produisent moins, les consommateurs dépensent moins et les investissements peuvent diminuer.
5. Les obligations convertibles sont des obligations que l'investisseur peut, sous certaines conditions, convertir en actions de la même société.