Marchés financiers : aperçu de la situation
Par Yves Kazadi, Senior Analyst - 18/05/2026
Entre tensions géopolitiques et fondamentaux
Les marchés évoluent dans un environnement paradoxal en ce deuxième trimestre. D’un côté, le conflit en Iran continue d’alimenter une certaine volatilité de court terme ainsi que les craintes d’une hausse durable des prix de l’énergie. De l’autre côté, le cadre macroéconomique actuel apparaît nettement plus robuste que celui observé lors du choc inflationniste de 2022.
Une situation différente de 2022
Face à l’emballement des prix de l’énergie, nombreux sont ceux qui redoutent le retour d’une spirale inflationniste comparable à celle de 2022. À l’époque, l’inflation1 avait atteint les 10 % en Europe, contraignant les banques centrales à relever brutalement leurs taux directeurs — une séquence qui avait lourdement pesé sur les marchés actions comme obligataires. Sur le plan fondamental, le contexte actuel présente toutefois des différences notables, susceptibles de contenir les tensions inflationnistes en 2026 :
- En 2022, la dynamique salariale était particulièrement soutenue. Aux États-Unis, la progression des salaires sur un an flirtait avec les 6 %. Aujourd’hui, elle évolue sous les 4 %2 et continue de décélérer sur 12 mois3, réduisant le risque d’une boucle prix-salaires.
- La posture des banques centrales n’est plus comparable. La Réserve fédérale américaine (Fed) comme la Banque centrale européenne (BCE) affichent désormais des taux directeurs proches de leur niveau d’équilibre, dans une logique de prévention des surchauffes4. Début 2022, la Fed maintenait des taux proches de zéro tandis que la BCE appliquait encore un taux négatif, estimant alors que l’inflation était transitoire.
- Enfin, la normalisation des chaînes d’approvisionnement joue un rôle d’amortisseur. Les perturbations post-covid se sont largement résorbées, limitant les tensions persistantes sur les prix. Par ailleurs, la dépendance structurelle des économies au pétrole a continué de reculer, atténuant l’impact des chocs énergétiques sur l’activité globale.
Des résultats convaincants
Du côté des entreprises, la saison des résultats du premier trimestre se révèle, à ce stade, nettement rassurante. Aux États-Unis, plus de 80 % des sociétés dépassent les attentes en matière de bénéfices. Plus significatif encore, 68 % d’entre elles font mieux que prévu à la fois sur les bénéfices et sur les revenus — un niveau sensiblement supérieur à la moyenne historique de 56 %5.
Cette tendance est notamment portée par les valeurs liées à l’intelligence artificielle et aux infrastructures technologiques, qui continuent de bénéficier d’une demande soutenue, en particulier dans les semi-conducteurs et les capacités de calcul.
Par ailleurs, la hausse des prix des hydrocarbures6, consécutive au blocage du détroit d’Ormuz, entraîne un net rebond des résultats du secteur énergétique sans engendrer de pression généralisée sur les marges, à l’exception de certaines industries particulièrement exposées aux coûts énergétiques, comme le transport aérien.
Allocation active et opportuniste
Dans ce contexte globalement rassurant, nous maintenons les grandes lignes de notre stratégie, avec un positionnement neutre sur les marchés développés. La préférence continue de privilégier les marchés émergents, qui bénéficient de valorisations plus attractives, d'afflux de capitaux soutenus et d'un contexte plus favorable pour le dollar.
Sur le plan sectoriel, certaines thématiques demeurent bien orientées, notamment les semi-conducteurs, la santé, les biens d’équipement et les valeurs liées aux matières premières. À l’inverse, des segments comme les médias ou les logiciels pourraient rester sous pression, en raison d’incertitudes persistantes sur leurs modèles économiques et leurs niveaux de valorisation.
Dans l’ensemble, l’environnement actuel plaide pour une gestion active et opportuniste. Les épisodes de volatilité, notamment liés aux tensions géopolitiques, peuvent offrir des points d’entrée attractifs, à condition de rester sélectif.
Sources:
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L'inflation est une hausse générale du niveau des prix des biens et des services sur une période donnée.
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https://fred.stlouisfed.org/series/CES0500000003#
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https://www.atlantafed.org/research-and-data/data/wage-growth-tracker
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On parle de surchauffe économique lorsqu'une économie connaît une croissance trop rapide, ce qui peut entraîner de l'inflation et d'autres problèmes économiques.
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Bloomberg Analytics
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Les hydrocarbures sont des composés chimiques constitués uniquement d'atomes de carbone (C) et d'hydrogène (H). Ils sont à la base des combustibles fossiles tels que le gaz naturel et jouent un rôle important dans l'industrie pétrochimique.