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Le spectre de l'inflation

Par Marc Danneels, Chief Investment Officer - 06/04/2022

L'évolution de l'inflation

Pendant plus d’une décennie, l’inflation semblait avoir disparu du globe, mais le phénomène opère aujourd’hui un retour en force. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Pourquoi y a-t-il de l’inflation ? Et comment va-t-elle évoluer ? La pandémie de Covid, les déséquilibres entre l’offre et la demande, la pénurie de puces et les frasques du président russe Vladimir Poutine en Ukraine sont autant de facteurs qui entrent en ligne de compte.

Il suffit de jeter un coup d’œil à sa facture de gaz, à ses tickets de supermarché ou à l’addition à la station-service pour s’en convaincre : ces derniers mois, les prix de nombreux biens et services ne cessent d’augmenter. L’inflation est donc de retour. En Belgique, elle se monte pour mars 2022 à 8,31 %, soit le niveau le plus élevé depuis 1983.

Comment expliquer une telle remontée de l’inflation ? On peut l’imputer à plusieurs raisons. Un facteur de taille est sans aucun doute la pandémie de coronavirus auquel nous devons tous faire face. Tant du côté de la demande que de l’offre, le Covid a entraîné des changements importants.

Du côté de la demande, on observe un retour de la consommation massive après les différentes périodes de confinement. Privés de restaurants, magasins, cafés, agences de voyages, etc. pendant tout un temps, les gens ont ensuite recommencé à dépenser avec frénésie, comme s’ils souhaitaient compenser les restrictions qui leur avaient été imposées.

Même constat du côté de l’offre : la demande pour de nombreux articles a explosé, mais les fabricants ne parviennent pas à suivre le rythme. Et cette situation est encore compliquée par les perturbations dont souffre la chaîne de production mondiale. Les capacités de transport sont insuffisantes et plusieurs composants essentiels, tels que les puces informatiques, se font rares. En un mot : la demande dépasse de loin l’offre. Or, tous les économistes vous le diront : la conséquence inéluctable d’un tel déséquilibre est une hausse des prix.

Russie

Gageons que ces problèmes liés à la chaîne de production ne dureront pas éternellement. Pour reprendre notre exemple des puces, de nombreuses usines sont actuellement en construction, de sorte que l’offre et la demande seront bientôt à nouveau plus équilibrées. On peut toutefois douter que cela suffise pour refaire chuter l’inflation, car certains facteurs structurels pourraient bien avoir un impact à plus long terme.

Que l’on songe aux prix du pétrole, du gaz et de l’électricité qui ne cessent d’augmenter. Pour vous donner une idée : l’énergie affiche actuellement un taux d’inflation de 57,22 % (!) et contribue à hauteur de 4,82 points de pourcentage à l’inflation totale. L’une des raisons pour lesquelles l’énergie est devenue si chère est la transition mondiale vers une économie plus verte, basée sur des sources d’énergie non polluantes. Par conséquent, les investissements dans les combustibles fossiles classiques ont été systématiquement réduits ces dernières années. Le problème, c’est que l’énergie verte disponible aujourd’hui n’est pas encore suffisante pour couvrir la demande totale. 

Mais une raison peut-être encore plus importante de la flambée actuelle des prix de l’énergie est l’invasion russe de l’Ukraine, qui a fait exploser les prix du pétrole, du gaz et de l’électricité. La Russie est et restera le plus important fournisseur de gaz de l’Europe : environ 40 % de nos besoins en gaz naturel sont couverts par les Russes. La guerre a accru la crainte que le président Poutine ne « ferme » le robinet (en représailles aux sanctions occidentales), ce qui nous poserait un grave problème, car notre industrie a besoin de ce gaz. Il est impossible de dire à l’heure actuelle si Poutine va mettre ou non ses menaces à exécution. On peut espérer qu’il s’abstiendra de le faire, en raison des pertes de revenus que cela entraînerait, argent dont il a besoin pour financer sa guerre. Mais l’incertitude qui règne est déjà plus que suffisante pour faire grimper les prix.

Par ailleurs, l’impact de l’invasion russe ne se limite pas aux prix du gaz et du pétrole. La Russie figure également parmi les principaux producteurs mondiaux de matières premières telles que le palladium et le platine, qui revêtent une grande importance pour nos secteurs automobile et technologique. En outre, la Russie et l’Ukraine représentent à elles deux environ un quart des exportations mondiales de blé. Si l’approvisionnement de nos régions en ces matières premières est compromis, cela aura sans aucun doute des répercussions sur les prix.

Inflation salariale

Une dernière composante structurelle que nous voudrions mentionner est la probabilité accrue d’une inflation salariale. La pénurie sur le marché de l’emploi dans certains secteurs et régions contraint les employeurs à augmenter les salaires afin de recruter la main-d’œuvre dont ils ont besoin. À terme, cette hausse des salaires se répercutera inévitablement sur le consommateur sous la forme d’une augmentation des prix. Qui plus est, ces hausses salariales font le jeu de l’inflation par un mécanisme que l’on appelle la « spirale prix-salaire ». Plus les salaires augmentent, plus les gens dépensent, ce qui alimente l’inflation, laquelle entraîne une nouvelle hausse des salaires… Bref, on a affaire à une spirale infernale qu’il est difficile de briser.

Taux d’intérêt

Parallèlement à la hausse de l’inflation, on constate que les taux d’intérêt restent historiquement bas. Depuis 2016, c’est-à-dire depuis environ six ans, le taux d’intérêt de base dans la zone euro s’est établi à 0 %. Les épargnants en sont bien conscients : pendant des années, un compte d’épargne n’a rapporté que 0,11 %, le minimum légal.

Le résultat des faibles taux d’intérêt et de l’inflation élevée est évident : le pouvoir d’achat de l’épargne s’érode d’année en année. Si l’inflation est de 8,31 % sur une année et que vous ne percevez que 0,11 % d’intérêts sur la même période, le pouvoir d’achat réel de cet argent diminue de 8,2 %. Bref, l’inflation fait s’évaporer vos économies.

Une question s’impose dès lors : comment se fait-il que les taux d’intérêt soient si bas ? Pour le comprendre, il faut remonter à l’annus horibilis 2008, marquée par une crise bancaire qui a entraîné dans son sillage une crise de l’euro. Pour y faire face, la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (Fed) ont injecté d’énormes montants dans l’économie tout en abaissant systématiquement les taux d’intérêt, jusqu’au niveau zéro actuel. Elles voulaient ainsi encourager les emprunts et les investissements pour faire repartir l’économie. Au début de 2020, l’impact de ces programmes a été amplifié par les différents dispositifs de soutien mis en place pendant la pandémie.

Stagflation

Nous sommes donc actuellement dans une période de forte inflation et de faibles taux d’intérêt, et il y a fort à parier que nous y resterons encore pendant quelque temps. En effet, l’inflation ne renouera pas de sitôt avec son niveau de 2020 en raison des divers facteurs structurels mentionnés plus haut.

Dans ces conditions, les banques centrales pourraient-elles relever leurs taux d’intérêt ? Il serait très surprenant que la BCE et la Fed puissent poursuivre leur politique monétaire expansionniste de manière aussi massive et généreuse que ces dernières années. Elles se voient au contraire obligées de changer leur fusil d’épaule, comme l’atteste déjà leur décision de mettre fin aux achats d’obligations. Mais c’est surtout la Banque Centrale Européenne qui devra procéder avec prudence. Disons donc que la probabilité d’une augmentation rapide et significative du taux de base en Europe est très faible.

On peut y voir différentes raisons. Tout d’abord, la croissance économique semble de nouveau ralentir, surtout maintenant qu’il s’avère que l’invasion russe de l’Ukraine entraîne un risque de « stagflation », mot-valise qui désigne la conjugaison d’une économie stagnante et d’une inflation élevée. On assiste donc à une hausse des prix des matières premières et à une baisse du pouvoir d’achat. Cette baisse entraîne à son tour une chute de la consommation et des taux de croissance économique, ce qui se solde par une hausse du chômage. C’est un scénario que nous n’avons plus connu depuis les années 1970.

La question de savoir s’il en sera ainsi est, là encore, une conjecture, mais l’invasion a en tout cas gravement ébranlé la confiance des consommateurs et des entreprises. On s’attend à ce que la croissance économique de la zone euro soit revue à la baisse, de 4,8 % à 3 %. En outre, le conflit géopolitique alimente l’inflation déjà très élevée en augmentant encore le prix des matières premières et des denrées alimentaires. Une forte hausse des taux d’intérêt ne ferait qu’exacerber cette contraction, avec toutes les conséquences désastreuses que cela entraînerait. D’autre part, de nombreuses entreprises et nations ont contracté des dettes considérables au cours des dernières années. Si les taux d’intérêt devaient soudain augmenter, les banques centrales les mettraient dans de sérieuses difficultés.

Hausse des taux d’intérêt

Cela dit, un statu quo est tout aussi improbable. C’est pourquoi nous prévoyons tout au plus une hausse limitée des taux d’intérêt dans la zone euro en 2022. Celle-ci risque toutefois d’être largement insuffisante pour neutraliser le niveau d’inflation. Il n’est pas certain non plus qu’elle se traduise par une augmentation immédiate des taux d’intérêt sur les comptes d’épargne. En effet, ceux-ci sont largement tributaires des taux d’intérêt à court et moyen terme, qui sont pratiquement nuls à l’heure actuelle.

Conclusion

Il faut se rendre à l’évidence : l’inflation élevée va se poursuivre pendant un certain temps et l’on ne peut pas non plus escompter de hausses substantielles des taux d’intérêt en 2022. La seule façon de protéger le pouvoir d’achat de ses économies consistera donc à rechercher des alternatives au livret d’épargne.

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