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Élections US : les Etats-Unis dans l’ombre de l’Europe en 2021

Par Yves Kazadi, Senior Analyst - 23/10/2020

Les éléctions US

Alors que la pandémie continue de s’accélérer, beaucoup d’entreprises font face à des problèmes structurels de plus en plus accrus. Les élections américaines auront très certainement un impact majeur sur l’approche tactique de beaucoup d’investisseurs.

Au travers des choix fondamentaux, la politique des taux d’intérêts, la dynamique de la devise et surtout l’avenir de la thématique ESG (Environnement, Social,Gouvernance) sont en jeu. Il faudra aussi comprendre qu’au travers de ces choix, soit une rotation vers un biais de style dit value (action sous-cotée que l’on retrouve majoritairement en Europe) sera de mise, soit le statut quo l’emportera avec certaines belles opportunités à saisir.

Dans cet article, nous nous projetterons tactiquement ensemble sur l’après-élections et sur les conséquences plausibles pour nos portefeuilles. Il s’agira :

  • de dessiner ensemble un état des lieux des entreprises ;
  • de se projeter post-élections en fonction des 2 candidats ;
  • d’analyser certains indicateurs qui impactent les rapports entre l’euro et le dollar

Quid de la situation au sein des entreprises ?

Suite au COVID-19, nous pouvons être sûrs que les entreprises américaines et européennes présenteront une baisse des revenus et une hausse de la dette qui débouchera sur une détérioration de leur bilan. Dans cet environnement on pourrait s’attendre à voir :

  • des demandes de hausses de capital de la part des entreprises sur les marchés plutôt que des rachats d’actions ;
  • des délocalisations des activités vers des pays où la main d’œuvre est plus attractive ;
  • une baisse de la masse salariale et des capitaux dédiés à l’investissement.

Certains secteurs resteront pour un long moment sous pression (tourisme, culture, transports aériens, l’immobilier commercial, et les commerces dits traditionnels) pendant que d’autres continueront de bénéficier de la situation (pharmacie, commerce en ligne, logistique, IT). Les entreprises présentant des troubles financiers devront impérativement optimiser la gestion du capital humain ainsi que revoir leur investissement à la baisse alors que celles qui ont le vent en poupe se devront d’engager et de financer de nouveaux projets pour garder le cap. Il sera difficile pour ces entreprises d’embaucher les bons profils tant ceux que l’on trouve dans les secteurs en trouble ne devraient pas répondre directement aux secteurs en expansion.

Enfin, l’opinion publique poussera les gouvernements à continuer leur engagement dans :

  • l’implémentation de la transition énergétique ;
  • le rapatriement des activités situées dans les pays émergents ;
  • l’augmentation salariale des emplois qui se sont montrés essentiels en période de pandémie (grandes surface, santé, helpdesk, livraison à domicile).

Certes, ces mesures paraissent louables dans l’intention mais elles pourraient s’avérer très couteuses pour pouvoir être entérinées sans aucune garanti de profitabilité économique.

Deux présidents pour écrire l’histoire de manière différente…

Et si Joe Biden gagnait ?

Une victoire du candidat présidentiel Joe Biden devrait entrainer une reprise de l’économie  plus lente, une hausse des taxes, et plus de stimulus financiers qui devraient s’orienter vers des projets dits « Green », dans l’infrastructure et dans le soutien des ménages qui ont été frappés par le COVID-19.  En termes de positionnement sectoriel, ses initiatives seraient positives pour les secteurs liés au renouvelable, aux entreprises dites « Stay at home » qui bénéficient du confinement, aux entreprises dites ESG (Environnement, Social, Gouvernance), aux entreprises exportatrices qui bénéficieraient d’une baisse des tensions commerciales générées par l’administration Trump.

Si l’ensemble des mesures proposées par Joe Biden devrait entrainer une hausse des revenus des ménages,  ce serait cependant aux dépens des revenus générés par les entreprises. Ces mêmes revenus comme exprimé ci-dessus sont attendus à la baisse, ce qui en soit entrainerait une charge en plus sur des bilans présentant une certaine fébrilité.

Ceci aurait un impact direct sur les marchés d’actions qui se retrouveraient face à une baisse des revenus et une hausse de la taxation sur le capital. Dans une telle configuration de marché, tous les investissements qui devraient être dirigés pour l’innovation ou la recherche seraient eux aussi mis en suspens (au ralenti) ce qui ne serait pas bénéfique dans un monde en pleine mutation (5G, confinement).

Sur le marché des taux il ne faudra pas oublier que dans les marchés développés les hausses de salaires sont souvent associées à une hausse de l’inflation (demande des ménages supérieure à l’offre des entreprises entrainant une raréfaction des biens et donc une hausse de ce bien recherché). Cette hausse de l’inflation présagerait une hausse des taux d’intérêts et serait négative pour les ménages, et les entreprises étant surendettées sans oublier qu’une hausse des taux d’intérêts aura un impact négatif sur la valorisation des biens immobiliers (baisse de la demande entrainant une hausse supérieure).

Et si Donald Trump gagnait ?

Dans le cadre d’une victoire de Donald Trump, on tendrait vers un statu quo dans sa politique actuelle. Sur base des divers sondages, une réélection de Donald Trump comme président serait synonyme d’une victoire surprise pour les marchés !  Dans un tel environnement, les entreprises qui ont été pénalisées par le COVID-19 seraient soutenues par le désir ardent d’ouvrir rapidement l’économie , le secteur financier devrait lui aussi bénéficier de la dérégulation, sans oublier les actuels perdants face à la tendance ESG…  

Comme il l’a indiqué à maintes reprises, Donald Trump désire avoir des taux négatifs pour soutenir les entreprises (dites de croissance qui ont besoin de beaucoup de capital pour réinvestir dans des projets ou dans la recherche) et les ménages qui détiennent des crédits à taux variable pour la plupart. Grace à l’actuelle politique monétaire expansionniste, les banques centrales continuent de soutenir l’investissement dans les obligations et permettent aux Etats de ne pas tomber en faillite (déficit budgétaire étatique catastrophique).  

Pour pouvoir relancer les taux à la hausse, atteindre le plein emploi aux USA serait la solution. Cela serait synonyme de sortie de récession, d’un retour à l’investissement des entreprises et des ménages et naturellement dans un environnement de plein emploi la tendance à consommer domine sur celle à épargner. Ceci pousserait les taux à la hausse (combinaison de la baisse de l’épargne, de la hausse de la consommation et in fine de l’inflation).

Quid du dollar ?

Premièrement, le dollar est de moins en moins considéré comme valeur refuge car la dette publique depuis la crise du COVID-19 ne cesse d’augmenter (le service du budget américain table sur un déficit de 3 300 milliards en fin 2020 ce qui représente 98 % du PIB ) et tablerait sur une hausse à 100 % du PIB en 2021*.

Cette hausse provient majoritairement du Cares Act, une loi américaine de mars 2020 qui a permis de débloquer près de 2 200 milliards de dollars d'aides. Un deuxième plan d'aides tournant autour de 500 milliards de dollars fin avril avait été débloqué. A l’aube d’un possible accord sur un troisième plan d’aide, on peut comprendre qu’une partie des investisseurs devient méfiante face au dollar et qu’une frange du parti républicain ne soit pas non plus enchantée.

À cela, il faut additionner le fait qu’un grand nombre de pays émergents se « dédollarisent » (Russie, les pays du Golfe et la Chine) ce qui réduit naturellement la demande pour cette devise.

Enfin, de manière moins intuitive, il faut souligner que la baisse de la demande du dollar se conjugue avec une baisse des taux US de long terme. Si l’on regarde le différentiel de taux (spread) entre les obligations US à 10 ans et les obligations allemandes, on peut remarquer que depuis la période du COVID-19, le différentiel s’est fortement réduit (réduction du spread) et lorsqu’il s’est stabilisé (voire passé légèrement en faveur du Bund allemand autour du mois de juillet 2020), le cours euro/dollar est passé de 1,12 à 1,18.

En conclusion, la politique prônée par Joe Biden nous amène à penser que l’euro devrait encore s’affermir face au dollar sous réserve d’une politique sobre de l’Europe et d’une gestion du confinement intelligente. Dans le cadre d’une élection de Donald Trump, la question la plus important sera comment il réussira à semer le doute sur les autres devises tant son défit budgétaire ne cesse de croitre ! Néanmoins, dans la configuration économique actuelle, est-il réellement nécessaire d’avoir un dollar fort ? (Il est en général plus logique d’exporter ses biens avec une devise plus faible que forte).

En conclusion

En phase avec les élections nous ne changerons stratégiquement pas notre approche fondamentale dans nos portefeuilles, cependant nous serons amenés à y apporter des nuances fondamentales sur l’exposition face au dollar, au risque des taux et au biais en terme de style d’investissement.

L’élection de Joe Biden comme président américain pourrait être salutaire pour l’Europe tant les thèmes qu’il prône pourraient être implémentés en symbiose avec le plan de relance européen. Les actions dites value devraient en 2021 structurellement bénéficier de cette élection ainsi que la région du pacifique. Cela aurait un impact majeur sur la composition des indices et sur le positionnement de la majorité des investisseurs appliquant des stratégies standardisées (globales liées à la macroéconomie, aux stratégies dites tendancielles, ou approche robotisée). Les Etats-Unis ne seraient plus seuls mais bel et bien dans le sillage d’une nouvelle Europe post-Covid-19.

Cependant, si Donald Trump garde la main, le biais croissance devrait rester de mise et la concentration d’actifs dans certains secteurs devrait se répartir dans les secteurs qui ont été pénalisés par la tendance ESG et par l’effet Covid-19 (« stay at home »).

Enfin, dans cet article nous avons fait abstraction des craintes de voir le vote chahuté par des erreurs de comptage car qu’on le veuille ou non, lorsque que deux personnalités s’affrontent, il n’est jamais bon de se retrouver dans les parages (volatilité garantie).

 

* Source: Bloomberg analytics et La FED (https://www.federalreserve.gov/)

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