Politique des taux aux États-Unis : la prudence reste de mise

Yves-Michaël Kazadi, Investment Analyst chez Beobank

Yves-Michaël Kazadi, Investment Analyst chez Beobank

La politique des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) influence considérablement le climat financier international. Bien entendu, les spécialistes en investissements de Beobank adaptent leur stratégie et leurs conseils sur la base des décisions de la Fed. Comme vous pouvez le lire dans cet entretien avec Yves-Michaël Kazadi, Investment Analyst chez Beobank, ils ne prennent pas leurs décisions à la légère.

Quelles sont les différences entre la politique monétaire de la Fed et celle de la Banque centrale européenne (BCE) ?
Yves-Michaël Kazadi : « Le principal but de la BCE est la stabilité des prix dans la zone euro. La Réserve fédérale américaine a quant à elle trois objectifs, définis dans le Federal Reserve Act (loi sur la Réserve fédérale) : un taux d’emploi maximal, des prix stables et des taux à long terme modérés. »

Quelles sont les conséquences de ces différences ?
Yves-Michaël Kazadi : « Les banques centrales se sont vues contraintes d’utiliser des techniques non conventionnelles pour faire face à la crise. Ces 5 dernières années, la Fed a injecté énormément d’argent dans le système économique américain à l’aide de trois programmes d’assouplissement, ce qui a provoqué l’augmentation de son total bilantaire à près de 4.000 milliards. Cela a cependant permis aux entreprises américaines de rembourser leurs dettes et de se refinancer grâce aux faibles taux à long terme. Ils ont pu procéder à des fusions et acquisitions et ont même pu racheter leurs propres actions. Un phénomène qui a permis une reprise de la hausse du cours de ces entreprises après un certain temps. Les actions des secteurs technologique, immobilier et de la santé ont ainsi enregistré des cours historiquement hauts en 2013. Nous avons donc bien sûr concentré notre stratégie sur les secteurs qui tirent profit de l’innovation, de la reprise industrielle aux États-Unis, ainsi que du regain de la consommation. »

Quelles sont les techniques utilisées par le BCE ?
Yves-Michaël Kazadi : « Elle a été confrontée au défi constituant à éviter l'effondrement de la zone euro en raison de la crise dans plusieurs Etats membres. Elle a à ce sujet développé différentes stratégies : racheter les obligations d’État sur le marché secondaire, faire en sorte de rétablir la confiance interbancaire et réduire les taux de base. La détermination dont ont fait preuve les dirigeants de la BCE à cet effet a impressionné les investisseurs. Les marchés des obligations d’État et d’entreprise affichent depuis 2012 des performances exceptionnelles. Les actions européennes ont le vent en poupe, et les stratégies de croissance défensives, tout comme la distribution de dividendes et, plus récemment, l’attention sur la consommation intraeuropéenne, ont porté leurs fruits. »

Comment ont réagi les marchés lorsque, au début de 2013, la Fed a annoncé qu’elle supprimerait ses mesures d’assouplissement ?
Yves-Michaël Kazadi : « Les taux d’intérêt des bons du trésor à 10 et 30 ans ont immédiatement flambé, ce qui a eu une influence négative sur les fonds d’obligations des pays émergents. Le dénouement progressif de ces mesures a toutefois été bien moins drastique que ce qui avait été annoncé. Mais le mal était fait. Les investisseurs sont partis du principe que l’économie américaine ne tiendrait pas sans les mesures de soutien poussées de la Fed. Ils ont abandonné leurs positions risquées (ou du moins celles qu’ils estimaient comme telles), ce qui a sévèrement sanctionné les obligations des pays émergents. Les premiers à en avoir souffert étaient ceux dont la balance courante ne présentait qu’une faible marge ou qui étaient fortement tributaires des matières premières, à savoir l’Indonésie, le Brésil et l’Afrique du Sud. »

Comment conseillez-vous aux clients de s’adapter à cette nouvelle donne ?
Yves-Michaël Kazadi : « Nous recommandons à nos clients de réduire l’impact qu’aurait une hausse des taux sur leur rendement en diminuant le niveau de maturité (ce que l’on appelle la ‘duration’) de leur portefeuille. Nos analystes privilégient actuellement les fonds d’une duration de 0 à 5 ans. Nous conseillons en outre de se tourner vers des obligations moins sensibles à une augmentation des taux, comme les obligations convertibles. Dernier conseil : il est préférable pour nos clients de diversifier leurs sources de revenus, par exemple en investissant dans des sousclasses d’obligations. »

Dans quelle mesure les analystes de Beobank s’informent-ils de la situation économique ou financière en Europe ?
Yves-Michaël Kazadi : « Pour ce qui est de la zone euro en 2014, nous analyserons de près si les marchés réagissent impulsivement aux résultats des élections européennes au mois de mai et du référendum sur l’indépendance de l’Écosse au mois de septembre. Nous observerons l’indice de surprise économique européen, qui évalue si les chiffres macroéconomiques sont meilleurs qu’escompté. Nos analystes ont constaté qu’il faiblit, et il est dès lors essentiel de maintenir une approche de stock picking et de bottom-up – ce qui équivaut à sélectionner des entreprises et actions intéressantes sur la base de leurs qualités intrinsèques – et de préférer des fonds dont la valeur est relativement stable. La question qui se pose ensuite consiste à savoir si nous nous dirigeons vers une déflation, c’est-à-dire une baisse soutenue du niveau des prix. Devons-nous nous attendre à de nouvelles mesures d’assouplissement budgétaire de la part de la BCE à l’échelle européenne ? La création de l’Union bancaire européenne est-elle en bonnevoie ? Qu’impliqueront les réformes en France et en Allemagne ? Autant de points que nous devrons suivre de très près. »

Faut-il être particulièrement attentif aux pays émergents ?
Yves-Michaël Kazadi : « Tant les fluctuations des devises que la possibilité que les taux américains reprennent des forces représentent une menace pour plusieurs pays émergents. D’aucuns ont vu leur balance courante se dégrader en raison de la diminution de la demande intérieure et des pays tels que l’Argentine, le Brésil, l’Indonésie, la Turquie et l’Afrique du Sud sont montrés du doigt. Il s’avère à l’inverse que les pays du nord de l’Asie pourraient profiter de la relance économique des pays développés avoisinants comme la Corée du Sud, Taïwan et la Chine. 

Quels conseils d’investissement donneriez- vous concrètement aux clients
Beobank ?

Yves-Michaël Kazadi : « Les investissements à long terme sont ceux qui offrent les plus belles perspectives. Investir de façon méthodique permet de réduire les risques inhérents à la durée d’un investissement. Il est par ailleurs plus judicieux d’opter pour une combinaison de différents fonds. Beobank ne propose bien entendu que des fonds correspondant au profil de risque du client. De plus, pour chaque classe ou sous-classe d’actifs, nous sélectionnons uniquement les fonds les plus prometteurs, qui sont promus par quelques-uns des gestionnaires de fonds les plus renommés au monde. »

Vous avez des questions spécifiques sur vos investissements ? Contactez votre conseiller Beobank.