Relèvement des taux aux États-Unis : quelles conséquences ?

L'analyse des marchés de Beobank

L'analyse des marchés de Beobank

La Fed s'apprête à relever ses taux d'intérêt pour la première fois depuis 2008. Preuve que l'économie américaine a survécu à la crise. Mais quels en seront les effets ? Les explications d'Yves Kazadi, Investment Analyst de Beobank.

 
La Banque centrale américaine va-t-elle augmenter ses taux d’intérêt ?

Yves Kazadi : «La décision semble avoir été prise. Janet Yellen, la présidente de la Fed, la Réserve fédérale, l'a annoncé à plusieurs reprises. La grande question est de savoir quand cette hausse se produira. Au début, on pensait en septembre. Maintenant, beaucoup pensent en décembre.La dernière prise de position de Janet Yellen n'était pas claire du tout. Il est probable que la poussée sur les taux ne sera pas importante. La Fed n’a pas envie d’asphyxier l'économie nationale. La hausse devrait donc être minime mais sera néanmoins suffisante pour attirer les investisseurs.»

Pourquoi les États-Unis retarderaient-ils l'augmentation des taux d'intérêt ?

Yves Kazadi : «Les Américains prouvent que leur économie a pu survivre à la crise. Les chiffres de la création d’emplois et des salaires sont loin d'être mauvais en comparaison avec ceux du reste du monde. Mais plusieurs points demeurent problématiques. Ainsi, les prix du pétrole, et de l'énergie en général, continuent à baisser. La levée des sanctions à l'égard de l'Iran, et donc la possibilité pour ce pays de revenir sur le marché mondial, devrait contribuer à maintenir les prix sous pression. Ce phénomène a d'importantes conséquences sur le secteur de l'énergie américain. Certaines entreprises sont frappées de plein fouet et l'on pourrait bien assister à une multiplication des faillites dans ce domaine. S'y ajoutent des doutes sur l'inflation : les chiffres prévus seront-ils atteints ? Une inflation qui diminuerait et des taux d'intérêt qui augmenteraient dans le même temps ne constituent pas une situation idéale. D'où le dilemme de la Fed. Du coup, la banque centrale américaine peut être tentée d'attendre d'avoir tous les chiffres pour être sûre de mener la bonne politique. La hausse attendue pourrait alors se produire en décembre.»

 

Les économies émergentes en point de mire

 

Quel impact cette hausse des taux d'intérêt aura-t-elle sur l’économie mondiale ?

Yves Kazadi : «Ce sont les pays émergents qui seront le plus affectés. Certains choisiront la voie de la dévaluation de leur monnaie afin de protéger leur industrie. Une dévaluation qui aura des conséquences sur leur inflation domestique. D'autres parviendront à digérer le choc de la hausse des taux américains en s’appuyant sur la bonne santé de leur économie. D'autres encore adopteront un taux de change flexible mais limiteront les dégâts grâce à leur économie et grâce à leur activité intérieure. Parmi les devises qui réagiraient le plus fortement, on peut relever la livre turque et la roupie indonésienne.»

La situation sera donc contrastée entre les pays émergents ?

Yves Kazadi : «Oui. Ainsi, l’Inde est un cas particulier. En raison de son économie encore largement fermée et de la stabilité de sa devise, elle devrait absorber le choc des taux sans trop de difficultés. La Corée verrait sa devise s'apprécier. En effet, pour les Coréens, la hausse des taux est synonyme de performance aux États-Unis, et donc d'une hausse des exportations vers cette destination. Ce sont clairement les alliés économiques des États-Unis, les pays qui exportent beaucoup là-bas, qui seront les principaux bénéficiaires. Reste la Chine dont la monnaie a connu plusieurs dévaluations en août. On voit ici nettement que l'économie est un champ de bataille politique. L'économie chinoise ralentit et, en baissant la monnaie, on espère donner un coup de fouet aux exportations. En même temps, on peut se demander si la Chine n'a pas anticipé la hausse des taux d'intérêt américains. Elle aurait donc pris de l'avance en procédant à cette dévaluation.»

Comment se positionner par rapport aux obligations ?

Yves Kazadi : «De nombreux investisseurs ont acheté des obligations italiennes ou espagnoles, par exemple, qui rapportaient 7 % en 2013. Aujourd'hui, ces taux sont tombés à 2 ou 3 %. Ces investisseurs vont donc chercher leur rendement ailleurs. Cela dit, différents produits financiers sont indexés sur les taux d'intérêt. Dans notre sélection de produits, nous prêtons l’attention aux gestionnaires de fonds incluant des produits hybrides, des titres qui empruntent des caractéristiques à la fois des actions et des dettes. Ces titres pourraient profiter de la remontée des taux.»

 
Les secteurs à surveiller

 

Comment allez-vous aborder les prochains mois ?

Yves Kazadi : «Nos analystes se concentreront principalement sur les secteurs qui devraient profiter de la reprise de l'économie américaine. En premier lieu, on peut s’attendre à une embellie de la consommation domestique aux USA. La réduction de la différence entre la consommation et les salaires réels devrait promouvoir la croissance économique. Nous allons dès lors nous focaliser sur le secteur de la construction. Les bons chiffres macro-économiques devraient générer davantage de ventes d’immobilier et de nouveaux permis de construire. D’une manière générale, la relance des taux d'intérêt est bénéfique pour ce secteur, de même que la hausse des salaires et la baisse du chômage. Ensuite, certaines actions vont profiter du renchérissement du crédit. C'est le cas des banques qui vont pouvoir améliorer leurs marges grâce à cette augmentation. Les compagnies d'assurance vie devraient aussi en bénéficier. Enfin, certaines industries qui ne sont pas concernées directement par la hausse des taux d'intérêt vont cependant profiter de la situation. Comme le secteur automobile qui va tirer parti du redémarrage de la consommation. De plus, de nombreuses innovations sont en marche dans ce secteur. Comme les voitures connectées, ce qui donne de l'élan à des sociétés technologiques. Enfin, il y a le secteur du SaaS (software as a service) : les entreprises n'achètent plus de logiciels mais les louent à distance, dans le « cloud data » . Une formule moins coûteuse pour elles, d'autant qu'elles ne doivent pas immobiliser leurs liquidités pour se procurer ces logiciels. Toutes ces technologies vont continuer à attirer les investisseurs.»

 

Nous vous rappelons que les produits d’investissement sont exposés à des risques en ce compris la possible perte du capital investi. Les produits d’investissement ne sont pas des dépôts bancaires et ne sont pas garantis par Beobank NV/SA.